Que celui qui
a pu fuir
le corps
lève le doigt

Rien à faire alors ne rien faire mais ce rien le faire bien le faire sien
et avec art tout celui du laisser-faire car l’art du rien
c’est l’air de rien quoique l’on fasse savoir que l’on ne fait rien.
T.B.
Que celui qui
a pu fuir
le corps
lève le doigt
La fabrication des mensonges est une activité noble, en ce sens qu'elle présuppose qu'on s'appuie sur une vérité et une réalité. Ce qui est rassurant : le menteur, au moins, connait la vérité. Pour réussir un bon mensonge, toujours partir de ce qui est vrai. Un mensonge sans origine ni raison sera toujours moins rentable et moins crédible. Plus il part du vrai et plus il est faux, mieux c’est. Plus c'est gros et plus on y croit. Un bon mensonge est toujours motivé, orienté, jamais gratuit. Mentir n'est pas inventer de toute pièce mais plutôt cacher et déformer. Menteur n'est pas mythomane. Ensuite, tout l'art réside dans la science déployée pour occulter cette matière première.
L'atelier du menteur est remplie d'outils de toutes sortes : pinces, scies, chalumeau, nécessaire de soudure, plaques de verre opaque, solutions troubles, silencieux, baillons, boules qui est-ce, cagoules, vernis... Tout ça pour tordre, voiler, amputer, inverser, omettre, taire, arranger, embellir, travestir, bricoler, biaiser...
Quand un mensonge devient une réalité pour les autres, on a gagné. Quand on le fait gober à une personne, on est artisan menteur. À cent personnes, artiste. À tout un pays, politicien en vue.
Il arrive parfois qu'un menteur oublie la cause de son mensonge, la vérité qu'il avait d'abord voulu cacher. Alors le mensonge devient sa seule réalité. La réalité. Le menteur ment alors en toute bonne foi. Il se ment même à lui-même. Comment lui en vouloir?
Parfois, certains vont jusqu'à se demander s'il y a quelque chose de vrai. Les maisons, les voitures, les habits, les sourires, les seins, les sentiments, les gens : tout serait donc faux? Existe-t-il encore une réalité?
La semaine prochaine, je vous dirais comment se guérir par la vérité.
(un souvenir d'enfance)
Avoir une chambre sous les toits. Avec une lucarne qui donne sur un arbre. Un noyer. Qui projette ses
bras d’ombres à l’aide de la lune ou bien de réverbères. Peintures chinoises dépouillées à la lumière desquelles on peut rêver et s’endormir. Avec aussi parfois le vent qui participe à la
métamorphose. Qui fait danser tout ça sous la fascination des yeux de l’esprit de la tête.
Pouvoir étudier là la gestuelle des arbres. La plastique de l’esprit. Incroyable. Tout ce qui peut se passer dans l’espace d’un carré. D'une tête. Y faire l’apprentissage des signes secrets et inarticulés que peut proférer ce corps noir dans la pénombre. Apprendre à écrire. Son écriture innée et son alphabet de bois fait de mots pleins de sève. Apprendre à lire. Lecture permise par la lumière qui se dépose en feuille argentée sur l'écorce noire. Plaquant ainsi des reflets brillants sur les profils des formes les plus inouïes et les plus démentes. La lente gesticulation du moindre de ses ongles de ses doigts de ses poignets de ses bras de ses épaules de son torse. Dictée par le vent. Sur le fond gris bleu d’un ciel en morceau. Découpé. Apprendre à décrypter. Déchiffrer. Dessiner. Dans sa tête. Détourer les silhouettes les plus. Amusantes belles effrayantes. Des têtes mobiles. Des faciès en gestation. Images gravées à l’eau forte. De la stupeur. Dans la mémoire. Ca prend des proportions énormes. Les graphismes les plus noirs. Les clairs les plus obscurs. Les aquarelles les plus subtiles. Tout ce qui peut venir frapper aux carreaux du regard le soir. Oui n’avoir vraiment appris à dessiner que là. En compagnie inhumaine d’un presque- soi. Arbre.
Voir ça dans la nuit. Vision quotidienne qui accompagne jusqu’au seuil du sommeil chaque basculement irréversible de l’attention de la veille dans le flou et la torpeur de l’abandon du sommeil. Lui. Gardien psychopompe? Passeur onirique? Qui veille à mon éducation, à la prunelle de mes yeux, à la tourbe de ma conscience? Qui m’observe? En tout cas le support de visions. La matrice de songes. Une fabrique de tableaux et de rêves. Spectacle qu’on ne pourra encadrer. Souvenir qu’on ne pourra fixer. Expérience qu’on ne pourra expliquer. Que pour soi.
Assez là pour s'abstraire. Les yeux submergés par un peuplement de créatures. Penché sur un puits de
perceptions. Pour être complètement immergé par les marées répétées du visible. Assez là pour contempler. Assez là pour se noyer.
Pour ce noyer.
Joyeux Noël
aux brebis égarées
puis égorgées
sur l'autel
de la bonne chère
vieille chose
dépareillée que l'on appelle
nos vies
traînées sur
deux millénaires
le paysage muet
dont personne
n'a su extraire le sens
alors qu'on part en vacances
en balade
en randonnée
marche forcée qui n'épargne personne
dans un cadre incroyable
d'énigmes non-résolues
l'esprit de fête
permet
à la plupart des excès
de garder un visage présentable
fêtons en ce jour
la crucifixion
de notre être si cher
sur la putréfaction
du monde
soyons joyeux
mais noyons Joël
faisons présent
de nos absents
et mentons
à nos enfants
aux derniers venus
leur faire croire
qu'ils n'ont pas reconnus
ce vilain décor si usé
par nos regards à vides
délavés
de nos yeux vus trop vus
de nos yeux voir
pour croire
avant même la conscience de son existence
vouloir se voir à travers
des moyens des outils des biais
comme une matière suffisante
pour son identité
ce soir on condamne
des volatiles pesants
à finir dans l'assiette
de l'intérêt commun
Ah Ah
à quoi ça sert Noël
qui se perd
qui se meurt
mais
à quoi ça rime
ces pantins
ce bambin
dans une crèche qui crache
sur la divinité
sur son âme perchée
nous créchons tous
dans un lieu exigu
où nous finissons tous
par crever
par manque de place
cours donc par la lande
pour y chercher l'espace
aspirer un peu d'air
erre
erre
erre
jusqu'à être enfin
en joie
joyeux
no hell
Soi que le résultat de la somme de ses défaites et du fruit des combats successifs livrées sur soi incessants auxquels on est forcément conviés par la force des choses. Mais c’est pas humain ou alors bien trop. On est terrassé par du terrassement en plaques. L’une sur l’autre. Par la stratification de luttes si denses et si serrées. L’une sur l’autre. C’est du 1000 feuilles dont on est fait. L’un sur l’autre. De ceux qui font les corps par la superposition de leurs champs de batailles. L’un sur l’autre. Si bien qu’à peine le temps d’être mordu par la poussière du sol de la bouche au tapis foutu qu’un autre déjà reprend m’entre-prend et m’entre-re-prend.
Et ça recommence toujours là où ça avait fini. L’un sur l’autre. L’autre sous l’un. Là où ça aurait dû finir. Là où ça semblait cesser. C’est que j’ai plusieurs empoignades en chantier qui finissent là où d’autres vont commencer. Empilées dans des emboîtements terribles et des entassements affreux. Bien des manières de faire l’art et il n’y en a pas. De celui que l’on dit noble et je n’en vois pas plus vil. Pour dresser un ring la tête et des poings qui n’existent pas. Là où encore il n’y a rien et où tout est déjà à refaire avant même de l’avoir fait. Bien des endroits où il va falloir tracer le cercle dans le noir à la chaux blanche des ses os broyés. Bien trop d’adversaires qu’on va devoir remettre encore au tapis. Bien trop de tapis qu’il va falloir remplir à nouveau d’adversaires. Mais plus terrible encore pis ou plus stupide : ce n’est pas eux qui nous broient nous battent nous frappent sinon soi le ring soi le cercle soi le tapis soi le seul adversaire le pire ennemi : celui qu'on ne verra jamais.
C’est soi mais c’est pas du jeu c’est pas régulier c’est pas loyal ça se bat en moi et comment lutter contre ça à la régulière? Comment se battre contre soi-même? Qui va donner les coups et qui va les recevoir? Et comment se débarrasser de soi? Quel est le fourbe qui m’a lancé du sable dans les yeux? Qui m’a aveuglé pour mieux m’abattre? Qui peut dire en soi où sont les limites? Où ça commence et où ça finit? L’un sur l’autre mais qui l’un qui l’autre? Où l’en bas où l’en haut? L’extérieur à l’intérieur ou l’intérieur à l’extérieur? Toujours dans le dehors. Ou au dehors du dedans.
Fourbe même pas pouvoir même pas vouloir se battre pas plus à la loyale qu’à la régulière dans les règles et y en a-t-il? De l’art dit noble et y en a-t-il plus vil? Moi je suis autre chose que la dévastation de l’aire de trop près rasée par la rouille de 10 000 lames ébréchées? Je suis désolé la terre où rien ne pousse toujours son terrain vague. Et y a-t-il un seul centimètre carré du sol de ce monde dont je n’ai pas mordu la poussière? Un seul de ses recoins que ma bouche n’ait pas embrassé de tout son long? Une seule once de sa boue que je n’ai pas léché? Non.
Oui. Par les traces les luttes les carcasses les dépouilles que j’ai laissées derrière moi celles des autres ou bien les miennes j’en ai recouvert toute sa surface. J’en ai rempli tous les vides bouché tous les trous. Tapissé la moindre de ses cavités. Épousé le moindre de ses monticules. Le monde est mon tapis. La feuille avec laquelle je me suis pris en sandwich. Coincé entre son sol et mon corps.
Et comment me soustraire à cette somme? Comment stopper ou diviser ces multiplications? Comment simplifier ces calculs incalculables et résoudre ces problèmes irrésolus ou encore non posés? Simplifier ces divisions? Devoir s’extraire du conflit des combats qui n’en sont pas. Et de soi.
Dites par où c’est la sortie de secours l’issue des affrontements le salut le terrain neutre de l’affranchissement de l’un contre l’autre de l’un sur l’autre de l’un sous l’autre de l’un dans l’autre de l’un hors de l’autre de l’un et l’autre de l’un ou l’autre de l’un par l’autre? Suis-je l’un ou suis-je l’autre? Enfin qui suis-je pour me battre ainsi et contre qui? Comment puis-je encore me battre alors que je suis seul? Pourquoi me diviser à l’infini quand ma simplicité native m’invite à la paix définitive d’être un? Étant un, contre qui lutter? Étant un où et pourquoi se cacher? Et qui craindre? Qui fuir ou qui chercher? Qui haïr ou qui aimer?
Finalement on n'a que soi pour se battre.
On n'a que soi où se battre.
On n'a que soi à abattre.
On n'a que soi
Que soi
Soi
.
Sans raison
s'il n'y a pas de raisons
c'est pas
sans raison
L'absurdité est lourde de sens
c'est le revers de la monnaie
qu'on a frappé
une arme capable de tirer
sur elle-même
un siège
aux pieds sciés
car la vérité ne s'atteind pas
sinon par erreur
et c'est en disant n'importe quoi
que l'on est dans le vrai
à qui dit j'ai rien compris
à l'art et la poésie
répondre :
et à la vie?
Quand on s'est approché
de ce qu'on appelle communément
l'intelligence
on continue son chemin
on cherche encore
on va voir ailleurs
ça doit être une erreur
Tu as attrapé des tiques dans les bouquins des autres et tu appelles ça écrire.
Tu as chopés des idées dans l'air et tu appelles ça penser.
Tu crois pouvoir devenir toi en maniant la langue, foutaises.
Et pourtant cherchez cherchez bien, dans la mare, au fond on y est.
Pas toujours là où on croit.
Pas toujours pour de bonnes raisons, de toutes façons, on sera jugé en fonction de son incapacité.
Tout est voué à l'échec.
S'en rendre compte est une vraie libération.
(Applaud now)
vendredi 19 décembre 2009 7:41
Jeunes hommes
regardant
jeunes femmes
regardant
jeunes hommes
le désir
envahit l'espace
l'odeur de poulet
grillé
sur les marchés
J'ai appris si peu de moi-même
auprès des autres
J'ai appris des autres
que je n'étais pas moi-même
que je n'étais que moi-même
C'est tout ce que ça m'a prit
d'être les autres
moi-même si peu
un autre
hop
c'est tout pareil
c'est à flinguer l'humanité
en moi
putain qui suis-je
c'est pas l'autre
qui le dira
qu'est-ce que je peux bien dire
aux autres de moi
qui ne sait pas qui est moi
entre autre
jeudi 18 décembre 2008 11:41
On a tellement de questions mais rarement une réponse. Alors on va faire un tour au distributeur de réponses. Mais on n'a pas toujours la monnaie et surtout la machine est souvent détraquée.
Que dois-je faire de ma vie?
Vous devez vous mettre plus en valeur.
Dois-je quitter ce connard?
Pluie sur le Cotentin, belle dépression sur la façade ouest.
Est-ce que Dieu existe?
Tout dépend de la bourse.
Faut-il être sévère dans l'éducation de ses enfants?
N'hésitez pas à libérer votre libido.
Comment mieux accepter la vieillesse?
Faites plus de sport. Développer votre masse musculaire et devenez un objet d'amiration pour votre entourage.
Comment faire confiance à l'autre?
Demandez-lui pardon.
Quel temps fera-t-il ce week end?
Relativisez vos défauts et valorisez vos qualités.
Comment garder mon conjoint?
Bien sûr.
Faut-il investir dans l'immobilier?
Oui, si vous vous en sentez capable.
Comment retrouver l'estime de soi?
Surtout pas.
Et on repart sans réponse dans sa vie, en vrac, sans se poser trop de questions.
Ta
tu es belle
tes
tu es belle
ton
tu es belle
et toutes ces
tu es belle
cette façon de
tu es belle
tu m'as
tu es belle
tellement
tu es belle
je
tu es belle
j'aimerais tant
tu es belle
alors j'imagine
tu es belle
faire l'
tu es belle
jusqu'à
tu es belle
toujours
tu es belle
je t'
tu es belle
toi et tes
tu es belle
tu as beau
tu es belle
mon
Se croiser
tous les matins
sans se voir
sans savoir
qui est là
qui va là
jusqu'au soir
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||